Urgence thermique en entreprise
face au dérèglement climatique, la France traverse des épisodes caniculaires de plus en plus intenses et réguliers, forçant les organisations à repenser leur mode de fonctionnement. Le bilan de l’été 2025 est à ce titre un signal d'alarme sans précédent : avec plus de 24 000 interventions d'urgence pour des pathologies liées au chaud (déshydratation, hyperthermie) et une surmortalité dépassant les 5 700 décès (soit 3 % de la mortalité nationale), le risque thermique n'est plus une hypothèse, mais une réalité sanitaire majeure.
Si la vulnérabilité augmente avec l’âge, aucun collaborateur n'est à l'abri. Pour les employeurs, le défi est désormais double : garantir la santé physique des équipes tout en maintenant la performance opérationnelle. Dès lors, comment concilier impératifs de production et protection des salariés ? Quel est le curseur entre obligation de sécurité et continuité de service ?
Le cadre légal : ce que prévoit le Code du travail
Face aux risques liés aux fortes chaleurs, le droit du travail impose à l’employeur un cadre strict en matière de prévention et de protection des salariés.
En premier lieu, l’obligation de sécurité, prévue à l’article L4121-1 du Code du travail, constitue le socle de cette responsabilité. L’employeur doit ainsi prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, ce qui inclut naturellement les risques liés aux épisodes de chaleur intense.
Par ailleurs, l’information des salariés joue un rôle essentiel. En vertu de l’article R4463-3 du Code du travail, l’employeur doit assurer « l’information et la formation adéquates des travailleurs, d'une part, sur la conduite à tenir en cas de forte chaleur et, d'autre part, sur l'utilisation correcte des équipements de travail et des équipements de protection individuelle, de manière à réduire leur exposition à la chaleur à un niveau aussi bas qu’il est techniquement possible ».
En pratique, cela peut se caractériser par une diffusion claire des consignes de sécurité, notamment par voie d’affichage dans les locaux, en rappelant les bons réflexes à adopter ainsi que les numéros d’urgence à contacter en cas de besoin.
Enfin, ces obligations s’inscrivent dans un cadre plus large, celui du Plan National Canicule. Mis en place à la suite de la canicule de 2003, ce dispositif vise à prévenir et à limiter les impacts sanitaires des vagues de chaleur. Il a fait l’objet de nombreuses évolutions et est aujourd’hui encadré par une instruction interministérielle relative à la gestion sanitaire des vagues de chaleur en France métropolitaine.
Ce plan est activé chaque année, entre le 1er juin et le 15 septembre, afin de prévenir et limiter les conséquences sanitaires des épisodes de fortes chaleurs. Il repose sur plusieurs niveaux d’alerte, permettant d’adapter les mesures à mettre en œuvre en fonction de l’intensité du risque.
Les mesures concrètes d’adaptation
Concrètement, l’employeur doit mettre en place des mesures opérationnelles adaptées afin de limiter l’exposition des salariés aux fortes chaleurs et de prévenir les risques pour leur santé.
Ces mesures sont issues du décret n°2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur qui visait à assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs contre les risques liés aux épisodes de chaleur intense lorsque les seuils de vigilance météorologique du dispositif développé par Météo-France pour signaler le niveau de danger de la chaleur est activé
En premier lieu, cela passe par l’aménagement de l’environnement de travail. L’employeur doit notamment veiller à la mise à disposition d’une eau potable et fraîche en quantité suffisante, au renouvellement de l’air dans les locaux, ainsi qu’à l’installation de dispositifs permettant de limiter la chaleur, tels que des stores, ventilateurs ou systèmes de rafraîchissement.
Ensuite, l’organisation du travail doit être adaptée. Plusieurs leviers peuvent être mobilisés :
- l’aménagement des horaires, par exemple en privilégiant un début de journée plus tôt afin d’éviter les heures les plus chaudes ;
- le recours au télétravail, lorsque l’activité le permet ;
- l’augmentation de la fréquence des pauses, afin de permettre aux salariés de récupérer dans des conditions adaptées.
Enfin, certains secteurs nécessitent une vigilance accrue, notamment le secteur du BTP. Dans ce cadre, l’employeur a l’obligation de prévoir des espaces de repos adaptés, tels que des locaux aménagés ou des abris permettant aux salariés de se protéger efficacement de la chaleur.
La mise en œuvre de ces mesures concrètes constitue un levier essentiel pour assurer la sécurité des salariés tout en maintenant l’activité dans des conditions acceptables.
Pourquoi l’affichage est votre meilleur allié ?
Face aux épisodes de fortes chaleurs, l’affichage en entreprise constitue un outil de prévention simple, visible et immédiatement efficace. Il permet de rappeler en continu les bons réflexes et d’assurer une réaction rapide en cas de malaise.
Un affichage pertinent doit en premier lieu mettre en évidence les signes d’alerte d’un coup de chaleur, afin de permettre une identification rapide des situations à risque :
- maux de tête, fatigue inhabituelle ;
- nausées ou vertiges ;
- transpiration excessive ou, au contraire, absence de transpiration ;
- crampes musculaires ;
- troubles du comportement ou confusion.
Il doit également rappeler les gestes de prévention à adopter au quotidien :
- boire régulièrement de l’eau, même sans sensation de soif ;
- se rafraîchir (visage, bras, nuque) ;
- privilégier une alimentation légère ;
- aérer les locaux aux heures les plus fraîches, notamment le matin ;
- éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes.
En cas de situation critique, l’affichage doit indiquer clairement la conduite à tenir :
- mettre la personne à l’ombre ou dans un endroit frais ;
- la rafraîchir (eau, ventilation) ;
- lui faire boire de l’eau si elle est consciente ;
- alerter immédiatement les secours si son état se dégrade.
Il est enfin essentiel de faire figurer de manière visible les numéros d’urgence (15, 18, 112) ainsi que le niveau de vigilance en cours, afin d’adapter les comportements en fonction de l’intensité du risque.
Un affichage clair, accessible et régulièrement mis à jour constitue ainsi un levier essentiel pour renforcer la sécurité des salariés face aux fortes chaleurs.
Pour vous aider dans votre démarche de prévention, nous mettons à votre disposition des outils prêts à l'emploi. Vous pouvez vous procurer directement sur notre site notre affiche type conforme aux recommandations de santé publique, ainsi que des dépliants d'information à distribuer à vos équipes pour les sensibiliser durablement.
Intégrer le risque chaleur dans le DUERP : une obligation incontournable
Au-delà des mesures opérationnelles, l’évaluation du risque lié aux fortes chaleurs doit impérativement être intégrée au Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). En effet, conformément à l’obligation générale de prévention, l’employeur doit identifier, analyser et hiérarchiser l’ensemble des risques auxquels sont exposés les salariés, y compris les risques thermiques liés aux épisodes de canicule. Cette inscription dans le DUERP permet non seulement de formaliser les actions de prévention (aménagement des horaires, accès à l’eau, organisation des pauses, équipements de protection), mais aussi d’assurer leur suivi dans le temps et leur adaptation en fonction de l’évolution des conditions climatiques. En pratique, un DUERP à jour constitue un véritable outil de pilotage pour anticiper les vagues de chaleur et sécuriser juridiquement l’employeur.
À l’inverse, une absence ou une insuffisance de prise en compte du risque chaleur peut engager la responsabilité de l’entreprise en cas d’accident ou de manquement à l’obligation de sécurité. Intégrer la canicule dans le DUERP, c’est donc à la fois se conformer au cadre légal, protéger efficacement ses salariés et renforcer sa stratégie de prévention des risques professionnels.
La gestion du risque thermique : un pilier de votre stratégie RSE
Loin d'être une simple contrainte réglementaire, l'adaptation aux fortes chaleurs est devenue un marqueur fort de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Anticiper la canicule, c'est choisir de concilier performance économique et engagement humain durable.
- Un levier majeur pour votre marque employeur : Placer la santé et le confort au cœur de vos priorités démontre une attention réelle portée au capital humain. En période de tension sur le marché de l'emploi, une entreprise qui protège activement ses équipes face aux aléas climatiques renforce la confiance, l'engagement et, in fine, la fidélisation de ses salariés.
- Le lien direct entre confort et performance durable : Une chaleur excessive dégrade la vigilance, multiplie les erreurs et accroît drastiquement le risque d'accidents du travail. Investir dans un environnement de travail maîtrisé n'est pas un coût, mais une stratégie de continuité permettant de maintenir l'efficacité opérationnelle tout en réduisant l'absentéisme.
- Anticipation climatique et pérennité : Le dérèglement climatique impose une vision de long terme. Intégrer dès aujourd'hui la gestion des pics de température dans vos politiques internes (aménagement des espaces, flexibilité de l'organisation) prépare votre structure aux défis de demain. C’est là toute l’essence de la RSE : transformer une menace climatique en une démarche d’adaptation proactive qui assure la résilience de votre activité.
Afin de renforcer votre démarche de prévention face aux fortes chaleurs et de répondre à vos obligations en matière de sécurité au travail, nous vous proposons ces supports d’informations conformes aux recommandations de santé publique :